Hier, j’ai fait un saut à ma librairie pour acheter un livre à ma nièce qui vient de fêter ses 4 ans. J’adore flâner chez Clément Morin, c’est comme un deuxième chez moi. Je jase avec mes libraires, qui me connaissent par mon prénom, je regarde les nouveautés, un mélange de parfum du café d’en haut et des nouveaux livres embaumant le commerce.
Alors que je discute de mes projets d’écriture avec Hélène, une jeune fille arrive pour demander conseil à la libraire. Elle cherche un roman jeunesse, car sa mère désire lui offrir une récompense. Pendant ce temps, je continue mon « flânage ». Hélène revient me voir et me demande si j’ai un peu de temps, car elle veut me présenter à la jeune fille.
- Veux-tu rencontrer une vraie auteure, lui demande-t-elle.
Nous discutons, j’apprends qu’elle étudie à l’école Jacques-Buteux, une école que je connais bien, car j’y ai fait un stage, il y a quelques années et que certaines de mes amies y enseignent. Hélène lui présente mon roman, la jeune fille regarde la couverture et semble intéressée. N’étant pas très forte sur la vente sous pression, je propose à la jeune fille de prendre son temps pour choisir. Je dois de toute façon acheter une carte de fête au deuxième étage, elle pourra venir me voir si elle désire une dédicace, puis elle pourra regarder les autres livres, si elle préfère une autre histoire.
Quelques minutes plus tard, la jeune fille vient me voir et me demande de dédicacer son exemplaire. J’emprunte un stylo vert au comptoir de la librairie et nous nous assoyons sur une marche de l’escalier. Alors que je lui écris un message, j’apprends le nom de son enseignante de 3e année. « Maxim, nous avons un point en commun : ta prof m’a enseigné en 6e année! » À un moment, le stylo cesse de fonctionner, j’en prends un autre et, hésitant sur deux synonymes pour finir ma phrase, je lui demande son avis. C’est la première fois qu’une lectrice contribue à la dédicace que je lui écris. Elle s’interroge sur le temps que ça prend pour écrire un livre. Puis, je lui demande si elle aime écrire. Elle m’avoue avoir fait un projet d’écriture de livre à l’école alors qu’elle était en 2e année. « On a un deuxième point en commun : la première fois que j’ai voulu devenir auteure, c’était lorsque j’étais à l’école primaire, après avoir écrit une histoire en classe, en 3e année. »
Cette rencontre m’a projetée une vingtaine d’années en arrière. Je n’ai pas de souvenirs précis d’auteurs rencontrés. Cependant, j’ai eu une enseignante qui a suffisamment cru en moi pour graver dans mon esprit : « Tu seras peut-être une auteure plus tard ». Les enseignants et les auteurs, conscients ou non de cela, ont beaucoup de pouvoir d’influence chez les enfants. Un enseignant peut marquer un élève à vie (souhaitons-le, positivement), un livre peut changer le monde, du moins, l’univers d’un enfant et son auteur, contribuer à y allumer des étincelles.
Je fais les deux plus beaux métiers du monde.








